dimanche 8 juillet 2018

Day off



Première vraie journée de repos au Camping.
Il est minuit passé mais si je ne le fais pas de suite maintenant, il y a de bonnes chances que je ne le fasse pas ou en tout cas pas avec les mots et ressentis que je souhaiterais exprimer. Dans le but de faire quelque chose pour moi alliant l'utile à l'agréable, j'ai décidé de tenter une petite randonnée dans les environs du camping afin de pouvoir découvrir l'arrière pays, de profiter de la nature et du patrimoine et enfin de me retrouver seul avec moi-même. 3 buts dans cette sortie: pouvoir conseiller d'éventuels clients, me retirer au calme pour me ressourcer et admirer les merveilles de la création, et réfléchir à ce post de blog.
L'abbaye de Saint Félix de Monceau était donc un choix tout tracé car accessible très rapidement. Je n'ai pas été déçu. Cette abbaye du XIè siècle en plein coeur de la garrigue offre un spectacle qui aurait pu m'apparaitre banal il y a 15 ou 20 ans en arrière, mais cette fois-ci c'est d'avantage la claque de la marque du temps et de l'héritage patrimonial qui a pris le dessus. Ce n'est qu'un bâtiment isolé, passablement en ruine, et pourtant... 
Je ne résiste pas à vous partager un poême de Saint Augustin, qui était d'ailleurs sur un panneau sur les lieux et qui traduit avec une belle justesse une partie des sentiments de ces dernières semaines.
L’amour ne disparait jamais
La mort n’est rien
Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi et vous êtes vous
Ce que nous étions les uns pour les autres
Nous le sommes toujours.
Donnez- moi le nom que vous m’avez toujours donné
Parlez- moi comme vous l’avez toujours fait
Ne changez rien
Ne prenez pas un air triste ou solennel
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire
Souriez, pensez à moi, priez pour moi
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il a toujours été.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié
Elle est ce qu’elle a toujours été
Le fils n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attend
Je ne suis pas loin
Juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.
Je vous rassure je ne suis pas mort. Je vais bien. Après avoir pris quelques photos, je me lance sur un chemin type GR, durée 2h dit "Autour de l'Abbaye", grand soleil, grand chapeau et grand nigaud qui a juste des sandales (-> moi), mais qu'importe, ça passe.
Je me promène donc dans cette nature si particulière qui quasi instantanément réveille en moi de lointains souvenirs. Les essences de pin, olivier et la magnifique stature des cyprès, accompagné du champ des cigales ravivent les 10 premières années de ma vie, les collines de Provence, les colonies de vacances, les sorties scolaires, un univers à la Marcel Pagnol... Sensations renforcées par le fait d'être absolument seul pendant ces 2 heures, aucune âme assez folle pour affronter le soleil écrasant sur ces sentiers. Une belle balade accompagnée de ces chanteuses presque invisibles que sont les cigales, mais aussi multitude de sauterelles, papillons et autres insectes propriétaires des lieux. (Petites vidéos pour essayer de vous donner l'ambiance)

Alors que dire de cette première semaine ?
Beaucoup de bien essentiellement. Pour l'instant, pour raisons de commodités, je suis seul au Camping, Dany et les enfants sont restés plus longtemps dans nos familles, c'est vrai qu'il n'y a pas urgence à me rejoindre. 
Je suis content de rejoindre cette très petite équipe, avec moi, nous sommes 4. 4
personnalités très différentes, mais l'impression qu'on arrivera à collaborer s'installe rapidement. La similarité la plus flagrante avec mon ancien boulot, c'est la multitude de choses à faire, de petites tâches à accomplir et se rappeler, être interrompu à tout moment pour servir un client ou aider un collègue. Rien de nouveau pour moi. Il faudra lutter à nouveau contre l'envie d'en faire toujours plus, toujours pour de bonnes raisons, soulager les collègues, améliorer telle ou telle chose... des schémas de pensée et façons de faire qui font possiblement partie de mon ADN mais qu'il faut réprimer par moment pour favoriser d'autres aspects essentiels hors boulot.
Je crois que le contact passe bien aussi avec les clients, c'est plus facile que je ne pensais d'aller vers eux et de simplement discuter, créer des relations, certainement éphémères, mais qui participent sans aucun doute à leur expérience de vacances.
C'est la semaine de début, je prend des notes sur ce que je trouve bien, ce que je trouve perfectible, ce qui heurte mes valeurs tout en comprenant l'origine de beaucoup de choix et toujours dans le respect et l'admiration du travail accompli pendant ces 13 dernières années.
Le lagon est un plus très appréciable en fin de journée, mais vous vous en doutiez déjà.
Bref, ça se passe très bien. Ma mère étant pas très loin, c'est cool de prendre un break avec elle en visitant un peu le centre ville de Montpellier, ville sur laquelle il faudra revenir pour apprivoiser ses places et artères. Il y aura beaucoup de travail à faire pour se l'approprier.

La balade touche à sa fin, et les longs sentiers sans ombrage aboutissent enfin à une récompense méritée, le retour sur l'abbaye en contre-plongée, dans son écrin de nature. Du bonbon.





jeudi 28 juin 2018

48 heures dans l'hexagone


Salut, je ressens ce besoin d'écrire quelque chose. Il me faut mettre des mots sur ce tourbillon d'émotions ressenties dans les quelques jours précédent notre départ jusqu'à notre arrivée en France. Je vais certainement oublier ces sentiments dans les jours et semaines qui suivent, alors peut-être que ça vaut la peine d'en garder une trace, peut-être pas. Au cours des derniers mois, j'ai lu de nombreux témoignages de personnes qui avaient quittés le Canada pour revenir en France et qui finalement ont fini par retourner au Canada, une sorte d'exercice exutoire pour avancer dans un sens ou un autre... voici le mien, à mon image. À notre image, avec ce coeur encore fragile et le manque de recul qu'il faudrait, mais tant pis. Je n'avais pas vraiment envie de poster une nouvelle fois sur Facebook un long laïus un peu larmoyant. Sur Fb nous sommes tous un peu paresseux et les longs contenus sont souvent ignorés pour aller à la prochaine vidéo de chat qui joue du xylophone avec brio. Alors voilà, je ressuscite ce blog, 4 ans plus tard, un peu comme un symbole aussi, symbole de continuité dans la rupture. Il y avait dans ce blog quelques bons contenus de nos premières années au Canada que je me surprend à redécouvrir, et bien sûr un énorme gap entre 2014 et 2018,  autres excellentes années que j'ai parfois envie de creuser et me remémorer pour tenter de vous les décrire.  Un jour peut-être. Mais probablement pas. 
Que dire de notre départ.
J'ai cette image qui persiste dans ma tête, celle d'un sparadrap que l'on arrache tout doucement. Ça fait mal. A la différence qu'on est censés se sentir mieux après, mais que dans notre cas, c'est un vide qui se crée. Plusieurs au-revoir ont eu lieu, des plus simples aux plus festifs dans tous les cercles dans lesquels nous avons évolué, grandi et partagé des moments de vie. Les départs ont quelque chose d'effroyablement vrai qui viennent révéler au fond de toi ce qui comptait vraiment et ce qui peut-être sera plus facile à laisser derrière. 
Et je crois que c'est ça qui rend ce départ si particulier et si difficile, comparé à nos précédentes aventures. Il y a plus de racines qui ont été plantées, plus de rencontres que nous ne pourrons jamais oublier, des boulots qui sont allés chercher le meilleur de nous, et un amour particulier du Québec, de Montréal, de Villeray notre quartier, notre chez-nous.
Ce dernier point m'a particulièrement bouleversé alors que sur la route de l'aéroport, je regardais ces rues si familières une dernière fois, je prenais à nouveau conscience de la beauté qui s'en dégage, de leurs douceurs de vivre, de leur sérénité. J'en ai la gorge nouée à vous écrire ces bêtises. J'étais surpris de voir à quel point je m'étais attaché aux lieux. En arrivant en 2010, passé la stupéfaction de voir des grattes-ciels pour la première fois de ma vie, j'étais plutôt en froid avec le style de Montréal que je jugeais sans vrai coeur historique, très bétonné et finalement plutôt morne. Avec le temps, Montréal se révèle à qui veut bien la vivre et libère toute sorte de beauté cachée et d'énergie qui rentre dans les coeurs.
Les départs sont avant tout une histoire de personnes, personnes qui comptent. Il est toujours étonnant de voir l'impact que nous laissons dans les vies des uns et des autres et inversement de voir les rencontres qui ont pris des places dans nos coeurs. Je ne veux pas aller dans le nominatif ici parce que c'est trop personnel, certains se reconnaîtront, d'autres ne viendront jamais ici. C'est pour tous ceux là que nous avons versé le plus de larmes, moi qui essaye toujours de m'en cacher pourtant :)
Les points communs pour toutes ces personnes est leur générosité et leur bonté d'âme. Je laisse avec beaucoup de douleur quelques collègues, jeunes et moins jeunes, au coeur d'or, présents dans les bons coups et les moins bons mais avec un vrai souci de l'humain, toujours prêts à aider réellement. En discutant avec mon boss lors de notre soirée d'adieu, il me contait qu'il n'avait jamais vu une telle équipe, un tel lien, un tel esprit et nous nous questionnions alors sur les probabilités qu'une telle chimie puisse se faire une autre fois dans une vie, en concluant que ça avait été une époque unique, qui je l'espère survivra sans moi et sans les précédents départs.
Parmi les amis les plus chers, nos compagnons d'expatriation nous manqueront incroyablement. Présents et impliqués dans tous les moments clés de notre vie et jusqu'au dernier nettoyage avant le départ, c'est en bonne partie grâce à eux que nous avons survécu au manque de famille lors des naissances de nos petits anges, petits anges qui les ont adoptés en retour. Je ne pourrais pas mettre assez de mots pour exprimer notre reconnaissance et notre peine aussi. Plusieurs autres amis, d'une bienveillance sans faille nous ont accompagné dans notre périple québécois, ont incarné avec perfection ce que c'est que de prendre soin des uns des autres, que ce soit à l'église ou en dehors, et je tiens à saluer mes potes qui, hasard des choses, prenaient l'avion le même jour pour partir en vacances et nous ont accompagné jusqu'à la porte d'embarquement, vous allez me manquer terriblement.
J'en oublie plusieurs, pardonnez-moi, ils sont importants aussi et ont pris une place, devenue un vide chacun, avec notre départ.
Et après quoi? Après on est en 2018, le monde est une petite planète. On dit ça pour se rassurer. Tout le monde est joignable en 2-3 clics et les vols inter-continentaux sont d'une facilité affligeante (si vous voyagez sans Yann). Mais bon quand même.
Yann passe la tondeuse avec tonton
Pour ma part, je redécouvre la France, il y a plus de 2 ans que je n'y avais pas mis les pieds, c'est à la fois familier et différent. Les paysages, routes et villages exercent sur moi une fascination, il y a une richesse des territoires à explorer de nouveau, avec le regard de quelqu'un qui peut enfin apprécier ce qui était sous ses yeux sans jamais s'en rendre compte auparavant. Les voyages et surtout les expatriations ont cette vertu de mettre les choses en perspective, du moins pour le moment. En retrouvant nos familles, nous sommes immédiatement confrontés à leurs réalités, leurs priorités et nous mesurons que nous n'avons pas forcément grandi dans les mêmes directions, que nous n'avons pas été influencé par les mêmes événements. C'est la vie, nous nous y attendions, et nous composerons avec. Les cousins et les cousines sont heureux de passer du temps ensemble et c'est un régal de les entendre s'amuser jusqu'à épuisement. Un semblant de routine et de planning se met en place. Ce sont les premières heures, il faudra passer par les 12 travaux de l'administration française pour prouver que nous existons à nouveau sur le territoire, et ensuite attaquer le nouveau défi: la vie au camping.